Mortel Tandem : Le Mort et Le Vivant

Le mort et le vivant

Le mort et le vivant I

Un mort de quelques semaines en pleine décomposition réveillera, par son odeur, un vivant au sommeil très profond.  Le vivant est celui que je plains le plus. Il faut se la farcir au quotidien cette tartine de merde sans confiture. Les vivants sont cons. Ils dépensent de l’argent pour anticiper leur mort afin d’être brulés ou enterrés.

Quel intérêt ? Un mort n’est qu’un tas de viande rongé par les asticots. Payer pour un morceau de barbaque pas frais est un non-sens. Je veux bien engager un tueur à gages pour éliminer mon pianiste de voisin en lui faisant bouffer ses partitions. Cependant, il est hors de question que je me ruine pour inhumer de la chair malodorante. Au pire, bruler un cadavre reste une excellente solution pour aseptiser l’air ambiant.

Le mort et le vivant II

Le silence est d’or, mais j’ai choisi celui de la mort pour une vivante mélodie
Cris de nuit pour un nocturne bien rempli de philosophie et de poésie
J’ai comme amie la nuit et la mort, pour me libérer le corps et l’esprit
Mortel est le jour, vivante est la nuit, j’épuise mon âme, je détruis mon ennui
Ma seule souffrance est de vivre sans inspiration, de boucher mon puits

Le mort et le vivant III

Si morte, si belle, tu n’es plus et m’inspires. Comateuse allongée sur le sol sans vie et pourtant si vivante dans ma tête. J’en ai noirci des feuilles pour toi mon bourreau enfin mort. Que d’encre de sang j’ai versée pour définir ce manque d’amour. Ta disparition m’a rendu la vie, la liberté. 

Le mort et le vivant IV

La mort est une nécessité pour un mauvais vivant. Je l’ai désiré mille fois ma sépulture dans mes phases de dépression majeure en plein été. Les bons jours me rendent mélancolique. La joie des vivants me mortifie. Mon schéma de mort m’obsède, me persécute. En plein délire de suicide chimique, je suis toujours très serein. Je connais parfaitement les doses létales des médicaments que les psychiatres m’ont prescrits. 

Mourir, vouloir partir de ce monde qui n’est plus le nôtre devrait être un droit quand le patient n’éprouve pas de peur ou d’angoisse. Une personne qui souhaite l’accès à la mort reste sûre d’elle, ce n’est pas un appel au secours, mais une volonté de s’envoler vers le néant. C’est une joie intense, elle ne tentera pas le suicide, elle s’exécutera de façon isolée et sans lettre d’au revoir à la con. Elle ne fera pas chier les voyageurs des transports en commun ni les sapeurs pompiers.

J’ai réussi une fois mon suicide avec une dose mortelle de médicament. Malheureusement,  la file d’attente pour le jugement dernier étant trop longue, un connard de gendarme a réussi à me réanimer. J’ai pourtant tout préparé. Je suis allé me mettre à l’aise sur le bord de l’Oise, mais après une demi-heure d’attente j’étais toujours en vie.

Je suis donc retourné dans ma chambre d’hôtel pour tripler la dose de sédatif, mais je n’ai pas eu la chance d’avoir ce temps précieux. Je suis mort avant. Ma femme de l’époque a donc appelé les secours, et un poulet m’a interdit le dernier voyage vers le ciel. Enculé ! Ce monsieur m’a massé le plexus, et mon cœur d’athlète est reparti de plus belle.

Aujourd’hui, je remercie Dieu et ce gendarme de m’avoir interdit la mort, mais bon, pour la prochaine, je ne ferai pas la même erreur. Il y aura forcément un énième processus de volonté de mort. Je ne suis pas conçu pour vivre vieux et heureux. Mes variations d’état mental m’auront à l’usure. Même en phase maniaque je veux en finir.  Cependant, à cet instant, j’aimerais quand même terminer Mortel Tandem, le publier, avant de partir.

Vous allez voir, avec la chance que j’ai, une putain de voiture conduite par un soulaud va me faucher au sixième acte de mon livre.

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